Le dramaturge et cinéaste sest éteint mardi des suites dune crise cardiaque.
Il y a quelques semaines à peine, avec sa femme, Colette Dompietrini, il jouait au Théâtre Silvia-Monfort, à Paris, Amédée ou Comment sen débarrasser, dEugène Ionesco. Une version comédie musicale, enlevée et drôle. Il paraissait en très grande forme, débordant de projets. Mais ces derniers jours, il sétait senti fatigué. Mardi après-midi, alors quil lisait une de ses dernières pièces à lune de ses amies, Roger Planchon sest senti épuisé, sest allongé, est mort. Une belle fin, très théâtrale, pour celui qui aurait eu 78 ans en septembre prochain et dont la vie se confond avec celle du meilleur théâtre.
Lenfant des âpres paysages de lArdèche avait été très tôt saisi par la passion du théâtre. À Lyon, à lorée des années 1950, il crée sa première salle, dans une cave, avec ses amis, dont Jean Bouise. Cest le Théâtre de la Comédie en 1952. En 1953, il appelle auprès de lui le jeune Jacques Rosner. Ensemble, avec Robert Gilbert, notamment, ils sinstallent à Villeurbanne. Cest, en 1957, le Théâtre de la Cité, qui deviendra le TNP en 1972.
Le TNP, cest toute sa vie. Il ne lavait quitté que très récemment, veillant jalousement à sa succession. Comme Jean Vilar, qui laccueillit très tôt à Avignon, Roger Planchon était nourri des grandes idées de laprès-guerre. Il défendait un théâtre «service public», un théâtre de haute exigence littéraire, poétique. Il aimait le théâtre historique, il en écrivait lui-même et pensait que le théâtre peut avoir une portée politique. Mais sans donner de leçon. Cétait un homme de plaisir, de bonheur. Il samusait. Il avait le respect le plus profond du public. Aucun répertoire ne le laissait indifférent. Les grands classiques, Molière, Marivaux, Racine, les contemporains, Bond, Pinter, Ionesco.
Dévotion pour Bergman
Il aimait tous les registres. Il adorait les acteurs. Homme de troupe, il fascinait les comédiens très connus qui travaillèrent avec lui. Jean Carmet pour Ionesco, Michel Serrault et Annie Girardot pour Molière, Robin Renucci pour Dubillard, Christine Boisson pour Racine. Pour nen citer que quelques-uns.
Il avait une dévotion pour Ingmar Bergman, mettait en scène ses pièces, les jouait. Et réalisait des films. Louis, lenfant roi ou Toulouse-Lautrec, il racontait les grands personnages.
Artiste, il était aussi celui qui accueillit Chéreau, puis Lavaudant, se choisissant des fils qui le pleurent aujourdhui. On ne peut évoquer son parcours au TNP sans citer également Michel Bataillon, le conseiller artistique du TNP. Villeurbanne fut, des années 1950 à aujourdhui (Schiaretti lui a succédé, le bâtiment est en travaux), lun des foyers les plus importants de la création théâtrale en Europe. Il ne cessa là de mettre en scène et daccueillir les plus grands : Pina Bausch, Bob Wilson, notamment.
Dans ses pièces, comme dans ses films, on retrouvait les inquiétudes du jeune homme venu dArdèche, pas sûr de lui, hésitant, naimant pas les snobismes. Mais il avait forgé et sa culture et sa stature.
Comédien, il avait beaucoup de charme. Dans la vie, il était toujours disponible, prêt à répondre aux questions, à aider, à éclairer.
Il avait des rôles en vue, des textes encore à écrire. Il était vivant. |